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Follow Me, Compagnie Queen Mother / Maud Jegard

Mis à jour : 27 sept 2018

L'association MOHO est un partenaire dramaturgique du projet Follow Me, porté par la compagnie Queen Mother (Rennes) dirigée par Maud Jegard. Il s'agit d'un parcours dans la ville, organisé par les SMS que le public reçoit.

Projet Follow Me - Compagnie Queen Mother / Maud Jegard

Follow Me est un parcours dans l'espace public, autant qu'une invitation à écrire, à entrer en discussion avec un.e. inconnu.e. par SMS. Le participant reçoit quelques messages avant le rendez-vous fixé par la programmation. En effet, Le SMS permet de jouer avec les frontières de l’oeuvre, ou du moins d’en flouter les contours. Où commence- t-elle ? Au premier message reçu ? A l’arrivée du public au lieu de rendez-vous ? Et quand s’achève-t-elle? Quelle trace, hors de la mémoire de nos téléphones, voulons-nous laisser de ce geste d’écriture et de ces mots offerts ? Le travail d'écriture se doit donc d'être ouvert, pudique et non intrusif. L'écriture SMS doit donner envie de répondre sans provoquer le fameux "point d'interrogation" de celui qui n'identifie par l'expéditeur du message. En ce sens elle est une écriture théâtrale car dialogale. Elle doit donc inviter à considérer la saveur de la situation dans laquelle le spectateur se trouve au lieu de s'en extraire.

Le SMS est, tout comme le théâtre, une écriture de la parole, fixant nos attentions sur l’acte même d’énonciation, la pulsion du dire, et l’état qui préside à la naissance de nos phrases... car l’écriture accroît notre perception, et notre qualité de présence à soi, aux autres, et au monde.

Cette langue, ouverte, doit favoriser une poésie qui ne doit pas être écrasante et qui ne doit pas se révéler, immédiatement, comme telle. Pour le dramaturge qui accompagne le projet, cette situation de communication est un véritable défi, entre une écriture ouverte et littéraire d'une part, et une parole orale et intime d'autre part.


Le corps de l'écriture

Follow Me est une expérience infra-sensible où l’écran de notre smartphone met en scène notre regard et nous invite à observer des “petits signes” qui viennent augmenter notre réalité. Un parcours dédié, dessiné où le regard est mis en scène. Révéler les perspectives, les lignes, les recoins, les micro détails d’une ville...

Il ne s’agit pas de représenter le monde, mais de favoriser un état de disponibilité esthétique au monde, jusqu’au désir de le mettre en mot, du bout des doigts, dans la concentration et l’émoi du geste d’écriture.

Le SMS, tout comme la lettre, a des allures de secret. Il suppose une intimité sans corps, un tête à tête avec la chair de nos mots....

Ce tête à tête avec la langue induit une relation d’intimité exclusive qui ne s’apparente pas pour autant à de la solitude. Le long d’une perspective, le spectateur contemple la ville, aperçoit d’autres personnes en train de contempler, se sait contemplant, et se sent appartenir au paysage. Il devient prolongement de l’espace, car l’écriture a ce pouvoir de nous faire sortir hors de nous-même.

"Pour Follow me, je souhaite réfléchir à la translation qui s’opère entre l’espace vécu (usages définis) et quotidien du public à l’espace ponctuel de la fiction (virtuelle et réelle). Nous souhaitons travailler sur le rapport d’échelles qui demeure entre notre écran de smartphone et la vision panoramique qu’offre notre regard sur la ville." (Valentine Ponçon, scénographe)

Impression Soleil Levant...

Le ciel est gris, je marche vers la station de bus. Il fait froid, je souris furtivement à cette dame qui me fixe trop, j’esquive le regard de cet enfant qui me dévisage, je double cet homme qui marche trop lentement, je passe devant le restaurant indien, encore fermé... Il fait un peu froid, j’enfouis mon visage dans la laine de mon cache col, mon téléphone vibre. Je n’ai pas le temps mais je ne peux pas m’empêcher de le sortir de mon sac, de quitter le gant qui recouvre ma main droite pour regarder le message que je viens de recevoir. J’espère, comme toujours, et j’appréhende aussi, comme toujours également...

«Cette matinée d’automne illumine doucereusement nos

derniers étages... ».

Je lève les yeux et observe le reflet, orangé, du soleil qui peine à percer les nuages. Quelques rayons se reflètent sur les vitres. C’est étrange, je n’avais jamais vu ce liseret aux fenêtres... Mon téléphone est toujours dans ma main. Je baisse les yeux, je ne sais pas quoi répondre... Mais j’ai envie de répondre, d’écrire une phrase capable de décrire ce liseret de pierre orangé par la lumière. Je ne sais pas qui vient de m’envoyer ce message, sûrement une erreur... Qui cela pourrait-il être ? Le problème, c’est que je ne sais même pas s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. Je décide d’envoyer un point d’interrogation. Je me ravise : "trop prosaïque". Je l’envoie quand même. Mais c’est plus fort que moi, dans la foulée, je lui parle du choix de ce mot "doucereusement".

« Oui, en effet, avec les nuages, la douceur se fait un peu fade, doucereuse, mais heureusement ». Envoyer.

Le froid me pique un peu la peau, je remets mon gant et garde mon téléphone à la main. J’attends une réponse... Je souris à nouveau, intriguée, presque seule, face à mon écran. Un enfant passe, je lève les yeux sans quitter mon sourire, il sourit à son tour. La journée commence bien.


Marie Reverdy


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